La Métamorphose des Objets


Pouvoir accéder à tant de musique simplement grâce à un 
abonnement annuel au prix dérisoire permettait de véritable- 
ment flâner, choisir un disque pour sa pochette ou parce que 
le nom de l’artiste est séduisant. Comme pour les livres, je 
me suis nourri de ces musiques, mais les musiciens n’en ont 
jamais rien su.  
Le rêve des Lumières, celui de l’accès démocratique à la 
culture, est en passe de se réaliser. Une large partie de tous 
les livres et de toutes les musiques du monde, numérisés sur 
l’ordinateur planétaire, sont à présent à notre portée. Main- 
tenant, nous pouvons non seulement naviguer dans cet océan 
de connaissances, mais aussi y laisser notre trace, documen- 
ter la manière dont nous nous construisons auprès de ces 
œuvres, grandes ou petites.  
Les  portes  des  bibliothèques  sont  à  présent  grandes 
ouvertes et la culture s’est échappée. Elle a quitté les étagères 
bien ordonnées des institutions pour venir dans nos jardins. 
Dans mon potager, Proust et la recette du gâteau au chocolat 
de ma grand-mère se côtoient, car dans la même journée je 
peux aller de l’un à l’autre. Chacun peut cultiver sa parcelle, 
y planter les espèces sélectionnées par ceux qui nous ont pré- 
cédés, faire des croisements, des hybridations inédites, et 
contribuer peut-être à son tour à la diversité culturelle.  
Ce rapport organique à la culture va prendre corps de 
manière inédite avec les objets-interfaces. Parce qu’ils nous 
donnent accès et parce qu’ils gardent trace, ils vont faire 
entrer les objets culturels dans le tissu de nos vies, expliciter 
la manière dont ils nous construisent, la façon dont nous les 
incorporons. Alors que la culture légitime et nos trajectoires 
culturelles étaient jusqu’à présent hermétiquement séparées, 
les objets-interfaces vont les entremêler.  

LA MÉTAMORPHOSE DES OBJETS 74 

http://mdo.li/74 

009-076-Chap1-Metamorphose:Metamorphose  9/10/09  14:47  Page 74
La Métamorphose des Objets

ISBN:9782916571270
Frédéric Kaplan
2009-06-12
224 pages
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page : 69

2 commentaires sur cette page

hubert guillaud
date : 02/11/2009 à 13:53 / auteur : hubert guillaud

Sommes-nous vraiment les auteurs de nos fictions de vies ? C'est donner à notre personne un rôle central et réducteur je le crains. Or, les objets-interfaces sont en réseau (nous ne sommes pas seuls concernés) et nos constructions autobiographiques ne sont pas toutes incarnées (alors que désormais, elles ont tendance à l'être de plus en plus, même si ces incarnations peuvent-être réécrites, transformées...). Le problème, c'est que ces nouvelles incarnations, elles, ont le même sens pour tous.

Frederic Kaplan
date : 05/11/2009 à 13:19 / auteur : Frederic Kaplan

Je ne suis pas sur de comprendre le sens d' incarnation dans ce contexte. Sur la question d' être l auteur du récit de sa vie, je crois que les outils biographiques nouveaux nous permettent effectivement de nous raconter avec de nouveaux moyens, y compris d' expérimenter avec de nouvelles formes de mensonges. Cela n'empêchera pas que d' autres racontent aussi notre histoire a notre place. Mais dans ces possibles confrontations narratives, le fait que nous restions maitres de nos propres données biographiques devrait nous permettre de rester l'auteur principal de notre récit de vie.