La Métamorphose des Objets


Les nouvelles perspectives de mesure et d’expression 
autobiographique introduites par les objets-interfaces sont 
susceptibles de conduire à de nouvelles synchronisations. 
C’est pourquoi ces objets et les services qui leur sont associés 
doivent être conçus pour toujours permettre la synchronisa- 
tion et la désynchronisation, la publication et la documenta- 
tion privées. Nous devons rester vigilants à ce qu’il reste des 
outils de liberté, permettant à chacun d’écrire sa vie comme 
il l’entend et veiller à ce qu’ils ne conduisent pas à des com- 
portements normalisés, ni directement, ni indirectement. 
Comme  le  souci  écologique  d’un  cycle  de  production 
durable, comme l’exigence de posséder et de modifier ses 
traces, le principe de désynchronisation doit être intégré au 
design  de  ces  objets  dès  les  premières  minutes  de  leur 
conception.  

Cultiver la culture 
Où j’explique comment nous allons pouvoir pratiquer  
un nouvel art du jardinage. 

Lorsque j’habitais Paris, je passais beaucoup de temps à 
la bibliothèque de mon quartier. J’aimais y lire, y travailler, 
avoir tous ces autres livres à portée de main. Malheureuse- 
ment, il était formellement interdit d’écrire sur les livres, de 
les annoter, de les corner. Les livres ne devaient jamais garder 
trace des lecteurs qu’ils nourrissaient. Dans cette biblio- 
thèque, je pouvais aussi emprunter des disques. J’ai décou- 
vert beaucoup de musiciens par ce moyen.  

LES MÉTAMORPHOSES DE LA VALEUR 73 

http://mdo.li/73 

009-076-Chap1-Metamorphose:Metamorphose  9/10/09  14:47  Page 73
La Métamorphose des Objets

ISBN:9782916571270
Frédéric Kaplan
2009-06-12
224 pages
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page : 68

2 commentaires sur cette page

hubert guillaud
date : 02/11/2009 à 13:50 / auteur : hubert guillaud

Qui oublie et comment ? Un algorithme qui choisit aléatoirement ou selon le nombre de fois où l'on puise dans les archives (et donc où l'on se remémore) ? La gestion de l'oubli est certainement l'une des questions les plus fondamentale que nos outils socio-techniques nous adressent. Mais le pire serait d'imaginer qu'il nous faille oublier, c'est-à-dire penser à oublier, alors que nos cerveaux ne sont pas construits ainsi. C'est pourtant bien ce qu'il risque de nous arriver. Ce dans quoi nous mettons de la mémoire, de la valeur est lié aussi à notre capacité de projection et d'oubli. On apprécie la bibliothèque de son grand-père et les notes que portent les livres pour tout ce qui se révèle en creux... Pourra-t-on apprécier les milliers de mails, de photos, de vidéos d'un grand père dont tout nous sera lisible et accessible ? J'ai un doute.

Frederic Kaplan
date : 04/11/2009 à 12:58 / auteur : Frederic Kaplan

Il va nous falloir experimenter avec diverses formes d'outils pour cette gestion de l'oubli. Une possibilité évoquée par Viktor Mayer-Schonberger est que les informations soient associées à une "date d'expiration" automatiquement allouée ou consciemment choisie. http://www.vmsweb.net/ http://www.bookstrapping.com/fr/0691138613/169/ Nous pouvons imaginer beaucoup d'autres outils de ce genre. Certains services annoncent déjà publiquement leur politique par rapport à ces strategies d'oubli. D'une manière générale, il me semble que chaque personne devra développer une strategie personnelle par rapport à cette question. Ceux qui ne voudront pas s'en occuper directement delegueront peut-être la gestion de leur oubli à des personnes ou des organismes de confiance. Ces derniers se chargeront de l'application pratique de leurs directives générales, negociant le cas échéant avec les entreprises interessées par exploiter les données biographiques.