La Métamorphose des Objets


Se synchroniser, se désynchroniser 

Où j’anticipe l’importance de rester maître de son temps. 

Continuons notre périple précautionneux sur les possibles 
conséquences de l’archivage et de l’explicitation de nos 
microhistoires quotidiennes, et sur la manière d’en tenir 
compte pour bien concevoir les objets-interfaces. Chaque 
nouvelle technique de mesure porte en elle-même les germes 
d’un nouveau régime de synchronisation. Avant l’horloge, 
machine à produire les secondes et les minutes, nous connais- 
sions d’autres rythmes plus anciens, les battements du cœur, 
la respiration, le jour et la nuit, les saisons et les événements 
qui leur sont associés. L’horloge nous a aidés à créer un ordre 
artificiel, mathématiquement rigoureux, sur lequel nous 
avons pu construire une rationalisation du temps. Cela nous 
a permis d’organiser notre temps, mais aussi celui des autres. 
Ma fille aînée a l’âge où elle pourrait avoir sa première 
montre. Elle m’a demandé plusieurs fois de lui en offrir une. 
Aujourd’hui, le temps ne lui appartient pas, elle n’a pas vrai- 
ment de prise sur lui. Sa vie est rythmée par des points de 
repère quotidiens : se lever, se laver, s’habiller, prendre son 
petit déjeuner, aller à l’école, partir en récréation, déjeuner 
à la cantine, etc. En l’espace de quelques semaines, sa pre- 
mière montre-bracelet va la faire basculer dans le monde de 
ceux qui doivent mesurer et maîtriser leur temps. Sans me 
souvenir vraiment, je suis sûr que l’expérience est d’abord 
délicieuse, ou du moins instructive. Avoir une montre offre 
une lucidité nouvelle sur le monde, mais pas forcément plus 
de liberté. Celui qui possède une montre est certes maître de 
son temps, mais il court aussi le risque d’être esclave du 
temps des autres. 

LA MÉTAMORPHOSE DES OBJETS 70 

http://mdo.li/70 

009-076-Chap1-Metamorphose:Metamorphose  9/10/09  14:47  Page 70
La Métamorphose des Objets

ISBN:9782916571270
Frédéric Kaplan
2009-06-12
224 pages
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page : 65

3 commentaires sur cette page

hubert guillaud
date : 02/11/2009 à 13:42 / auteur : hubert guillaud

C'est quoi l'oubli ? Est-ce une capacité personnelle ou pas ? Si quelqu'un gomme de toutes ses photos l'image d'un ex-mari qu'est-ce qu'il reconstruit ? Sommes-nous les auteurs uniques de nos vies (et quid de l'avis de nos enfants, parents, amis, famille...) ? A mon avis, nos données biographiques n'appartiennent pas qu'à nous (c'est d'ailleurs ce que montre les petites soeurs de Facebook).

Frederic Kaplan
date : 13/11/2009 à 21:04 / auteur : Frederic Kaplan

Il y a des representations que nous partageons quand nous interagissons avec les autres (des mots, des images, des ecrits comme ces commentaires). Mais il y aussi des informations biographiques que nous ne souhaitons pas partager mais que nous pouvons vouloir conserver, archiver et pourquoi pas éventuellement oublier. Nous devons veiller à rester les proprietaires de ces données.