La Métamorphose des Objets


vraiment ? À quoi ressemblera l’acte de se souvenir quand 
une grande partie de notre existence sera enregistrable ? 
Non, nous ne voulons pas nous souvenir de tout. Le récit 
de notre vie n’est pas la somme des données de nos journées. 
C’est une réécriture, un roman dont nous sommes l’auteur. 
Pour se rappeler, il faut être capable d’oublier beaucoup et 
sélectionner juste quelques épisodes significatifs. Les objets- 
interfaces ne doivent pas être des mouchards de nos vies. Ils 
doivent nous permettre de l’écrire d’une manière nouvelle.  
Comment garantir qu’il en sera ainsi ? En régulant ? Plutôt 
en incluant les fonctions d’oubli et de réécriture directement 
dans le design de nos objets-interfaces. Chaque objet et ser- 
vice associé doivent être pensés pour favoriser la sélection 
active des épisodes biographiques dont nous voulons garder 
une trace, pour permettre l’édition de ces épisodes après 
coup, s’il le faut en modifiant directement les données pour 
permettre l’oubli sélectif de certains événements.  
Dans certains cas, nous pouvons imaginer proposer des 
services automatiques permettant d’oublier périodiquement, 
ou au contraire sélectivement, les données enregistrées. Libre 
à chacun de développer ses propres pratiques de l’oubli : 
engranger beaucoup puis effacer, ou plutôt – un peu comme 
nous  prenons  aujourd’hui  des  photos  –  sélectionner 
consciemment ce que l’on voudra retenir au moment où nous 
le vivons. 
Peut-être y aura-t-il aussi une demande pour des applica- 
tions permettant de modifier, de travestir, d’inventer une vie 
qui possèdera la granularité d’une vie enregistrée, mais qui 
ne sera que pure invention. De la même manière que vous ne 
pouvez pas connaître l’authenticité des anecdotes que je 
raconte, vous ne devez pas pouvoir savoir celle des traces 

LA MÉTAMORPHOSE DES OBJETS 68 

http://mdo.li/68 

009-076-Chap1-Metamorphose:Metamorphose  9/10/09  14:47  Page 68
La Métamorphose des Objets

ISBN:9782916571270
Frédéric Kaplan
2009-06-12
224 pages
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page : 63

3 commentaires sur cette page

Nicolas Nova
date : 10/12/2009 à 16:11 / auteur : Nicolas Nova

Tout cette notion de banque de données résonne clairement avec les notions de secret bancaire dont on parle par ici. Autant le secret bancaire est mal accepté (en France notamment), autant une absence de secret sur les banques de traces/marques/données causerait encore plus de remous. Il y a sûrement des choses à creuser dans ce domaine et je suis sûr que certains family offices de banques privées ne devraient pas trop avoir de mal à étendre leurs services aux "matériel biographique" puisqu'ils gèrent déjà toutes sortes de choses (résevation de vacances) Au fond le modèle de la banque privée discrète aurait de l'avenir, peut être en dehors du système financier où là cela coince (du fait que ce modèle est utilisé pour soustraire de l'argent à des administrations fiscales étrangères)

Frederic Kaplan
date : 14/12/2009 à 08:55 / auteur : Frederic Kaplan

Très intéressant... Ce que tu dis finalement c est que ce sera peut-être effectivement des banques qui vont tenir ce rôle. J avais beaucoup hésite a utiliser ce terme de peur qu il ne donne, du fait du contexte actuel, une image immédiatement négative au concept économique dont je veux parler ici.

Nicolas Nova
date : 14/12/2009 à 10:32 / auteur : Nicolas Nova

Je ne sais pas si toutes les "banques" pourraient avoir ce rôle mais il me semble que la banque privée dans son modèle très genevois avec ses associés responsables sur les fonds (et non une structure côtée en bourse), ses relations particulières avec ses clients est un modèle qui résonne avec ce que tu décris... puisqu'ils gèrent déjà beaucoup plus que des fonds. Evidemment, cela ne veut pas dire que c'est du tout cuit ou qu'ils pensent à cela. C'est une discussion qu'il serait intéressant d'avoir avec des personnes de ce milieu, même si c'est très polémique ces temps-ci ;) Pour aller plus loin, il y a une connexion assez évidente entre la notion de secret bancaire et "secret des traces"... Je ne connais pas assez ce domaine et l'histoire du secret bancaire (en Suisse et ailleurs), mais il serait pertinent d'aller regarder derrière cette notion, sortir un peu du contexte de l'actualité pour voir ce que cela recouvre et si c'est une analogie à creuser.