La Métamorphose des Objets


enregistrées sous forme linéaire, cartographique, volumique 
ou cinématographique ? Quels mots, quels motifs allons- 
nous choisir pour le nouveau vocabulaire que nous voulons 
construire ? Face à ces défis, un art nouveau de la représen- 
tation est en train de naître. Tout est à priori possible, mais 
seul un petit nombre de représentations sont véritablement 
pertinentes.  
Pour être vraiment intéressantes, il faut que ces nouvelles 
représentations soient présentées au bon endroit et au bon 
moment, qu’elles ne soient visibles que pour les microdéci- 
sions qui les concernent. Les objets-interfaces eux-mêmes, 
ceux qui ont permis à ces données nouvelles d’exister, sont 
aussi dans certains cas les meilleurs supports pour introduire 
ces représentations dans notre quotidien de manière adéquate. 
Ils peuvent changer d’aspect ou de forme. L’information peut 
quitter les écrans pour investir les surfaces familières de nos 
objets quotidiens, pour s’incarner sous des formes physiques 
variées et expressives. Elle doit venir là où l’on a besoin 
d’elle, ni trop tôt, ni trop tard.  
Une industrie de la matérialisation du souvenir qui existe 
déjà sous des formes limitées – avec, par exemple, la pro- 
duction d’albums photos personnalisés – va s’étendre et se 
diversifier en exploitant la richesse inédite des matériaux 
biographiques qu’elle se verra confier. Des graphistes spé- 
cialistes  dans  ces  nouvelles  représentations  autobiogra- 
phiques, capables de maîtriser les outils informatiques qui 
les sous-tendent et les outils visuels qui leur donnent corps, 
devraient distiller leur production sous la forme d’ornements 
divers venant habiller nos intérieurs, personnalisant nos 
meubles, nos murs, nos vêtements et l’ensemble de tous nos 
objets familiers.  

LES MÉTAMORPHOSES DE LA VALEUR 61 

http://mdo.li/61 

009-076-Chap1-Metamorphose:Metamorphose  9/10/09  14:47  Page 61
La Métamorphose des Objets

ISBN:9782916571270
Frédéric Kaplan
2009-06-12
224 pages
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page : 56

6 commentaires sur cette page

Nicolas Nova
date : 17/01/2010 à 18:56 / auteur : Nicolas Nova

J'aime beaucoup ton analogie Traces/Marques, je la trouve beaucoup plus parlante que ce que j'utilisais dans ma thèse (traces implicites versus traces explicites ou intentionnelles). Il me semble aussi qu'il est intéressant de se dire qu'une trace peut aussi devenir une marque. C'est une interaction intéressante des objets-interfaces.

Frederic Kaplan
date : 17/01/2010 à 20:35 / auteur : Frederic Kaplan

Comment une trace peut-elle devenir une marque ? Peux-tu donner un exemple.

Nicolas Nova
date : 17/01/2010 à 21:52 / auteur : Nicolas Nova

Si je reprends l'exemple du chemin parcouru (et enregistré par une application GPS du genre MyGeoTrail) qui est une trace... on peut imaginer que pendant que je me déplace dans cet endroit je puisse créer une marque discrète (tagger ou sélectionner certains lieux que j'estime important à conserver)... ou encore après coup je revois cette trace capturée automatiquement, que je l'annote et que je la partage avec d'autres personnes sur un service web dédié à cela. Il y a différents paramètres sous-jacents ici je pense (l'aspect discrétisation, l'annotation, le partage) qui peuvent transformer la trace en marque.

date : 18/01/2010 à 11:18 / auteur : Philippe Gargov

Lors d'un atelier Orange Labs sur les "cartes vivantes", quelqu'un avait parlé de "layer individuel" pour exprimer cette combinaison entre traces et marques (à l'image d'un tracé MyGeoTrail que l'on pourrait s'échanger entre randonneurs, par exemple). D'un autre côté, j'avais proposé le terme "folksotopie" pour désigner l'éditorialisation des espaces par les citadins. Je crois que le terme pourrait aussi s'appliquer aux marques. http://bit.ly/HTct3

Frederic Kaplan
date : 18/01/2010 à 12:11 / auteur : Frederic Kaplan

Intéressant... continuons à collecter des exemples. Dans certains cas, l'existence de "traces" automatiquement recoltée invite à faire moins de "marques". Le fait que toutes mes recherches sont consignées dans mon Google History m'incite à moins bookmarker de pages web car je sais que j'aurai facilement une manière de retrouver l'information. Idem pour les dossiers automatiquement générés qui collectent les morceaux que j'ai écouté recemment, ou les fichiers que j'ai modifié. D'un coté nous marquons/taggons de plus en plus (les lieux, les musiques, les photos) pour organiser ("editorialiser") et évenentuellement partager les espaces que nous parcourons, de l'autre nous utilisons des outils automatiques de plus en plus performants pour chercher dans nos traces ce qui nous dispense parfois de les "marquer". Les deux pratiques, bien qu'entermelées, restent il me semble bien distingables. Par exemple un outil qui publie automatiquement mes trajets géographiques et qui permet à certaines personnes de me retrouver par ce biais n'est pas à proprement parler un outil de marquage. A l'inverse le meme systeme basé sur une procedure de "Check-in" comme dans FourSquare est lui un outil de marquage.

Nicolas Nova
date : 18/01/2010 à 13:49 / auteur : Nicolas Nova

J'entends bien ce que tu dis Frédéric mais le cas que j'ai en tête est encore différent. Je fais bien le distingo entre entre la publication automatique des trajets capturés par un programme telle que myGeoTrails et les check-ins de Foursquare... là où je veux en venir c'est plutôt la transformation des trajets capturés automatiquement en marque par une fonctionnalité du programme de capture de trace (pour donner plus de valeur à un itinéraire particulier ou discrétiser un lieu spécifique pour le garder en mémoire) Comme si, en relisant mon Google History, je trouvais des liens intéressants que j'inscrivais dans les bookmarks de mon navigateur ou que je les envoyais sur delicious ou twitter. Quant à la question de moins réaliser de "marques" du fait de l'enregistrement des traces, il me semble qu'il peut y avoir encore un attachement à réaliser ces marques et à ne pas compter sur le système qui collecte ces données. Marquer c'est aussi donner une valeur personnelle, inscrire une intentionalité.