La Métamorphose des Objets


pour nous. Ils ont tout simplement essayé presque toutes les 
formes d’analyses sonores décrites dans la littérature, puis les 
ont combinées les unes avec les autres pour sélectionner les 
ensembles qui permettaient de faire la différence entre les 
contextes que nous souhaitions séparer. Là où l’imagination 
faisait défaut, la force brute de la machine pouvait être utile. 
En  réalisant  cette  analyse  automatique,  nous  avons  pu 
construire un algorithme capable d’associer à un aboiement 
donné une marque contextuelle, avec des performances qui, 
si elles n’étaient pas parfaites, étaient du moins supérieures 
à celles des propriétaires de chiens. Les processus d’analyse 
avaient explicité une structure là où nous n’en percevions 
aucune consciemment. Cet algorithme nous permettait de 
mettre des noms humains sur des séquences sonores d’une 
autre espèce. Il garantissait que ces noms désignaient effec- 
tivement des référents stables, alors que les capacités propres 
de perception et d’analyse de notre cerveau n’auraient pas pu 
le faire. Grâce à nos ordinateurs, nous avions construit un 
vocabulaire pour parler des aboiements.  
Depuis cette expérience, j’ai gardé la conviction que nous 
pouvons, grâce aux techniques d’analyse, extraire à partir de 
matériaux bruts à priori opaques des régularités cachées, qui, 
une fois détectées, nous permettent de les « redécrire » sous 
des formes intelligibles et exprimables. En multipliant les 
analyses de ce genre, j’ai également appris que les résultats 
produits par ces processus automatiques n’ont que peu de 
chance d’être directement pertinents pour nous sous leur 
forme brute. Pour que les motifs détectés puissent donner 
lieu à de nouvelles lucidités, et de nouvelles manières d’agir, 
les traces, les marques et leurs dérivés doivent être spatialisés 
de manière particulière. Allons-nous montrer les données 

LA MÉTAMORPHOSE DES OBJETS 60 

http://mdo.li/60 

009-076-Chap1-Metamorphose:Metamorphose  9/10/09  14:47  Page 60
La Métamorphose des Objets

ISBN:9782916571270
Frédéric Kaplan
2009-06-12
224 pages
143 commentaires sur ce livre
4 bookmarks sur ce livre


page : 55

2 commentaires sur cette page

hubert guillaud
date : 02/11/2009 à 13:39 / auteur : hubert guillaud

Intéressante perspective que cette idée que le rôle des objets serait de nous raconter. Mais le rôle des objets est-il de nous raconter ? N'est-ce pas plutôt un rôle que l'on projette dans l'objet a posteriori ? Et ce parce que plus que raconter, il permet aussi d'oublier, de ne raconter que partiellement, de ce que chacun puisse projeter dessus l'histoire que l'on souhaite. Pas sûr qu'avec nos objets interfaces, une si grande liberté - celle de l'imagination - soit possible : face à un objet qui sauvegarde toutes nos images, quel espace reste-t-il à l'imagination ? L'incapacité de nos machines à oublier est un problème majeur.

Frederic Kaplan
date : 08/11/2009 à 09:47 / auteur : Frederic Kaplan

Quand je dis que les données interfaces permettent une nouvelle écriture de soi, une nouvelle facon de se raconter, je ne reviens pas sur l’importance de notre travail de tri, de fouille et de mise en perspective de ces données. De manière brut, les enregistrements biographiques ne constituent pas du tout un récit. Leur abondance peut même parfois être un obstacle comme on le voit avec les photos numériques. Mais cette nouvelle granularité associée à de nouveaux outils pour l’organiser ouvre il me semble de nouvelles perspectives pour raconter sa vie de manière inédite.