La Métamorphose des Objets


Concevoir des produits de cette façon ne doit pas être sim- 
plement vu comme une contrainte qui musèle la créativité 
et le choix des solutions possibles pour créer de nouveaux 
objets. Ma propre pratique d’ingénieur m’a montré qu’en 
pensant dans ce cadre, on peut élaborer des réponses origi- 
nales à des problèmes anciens.  
Pourquoi ne pas remplacer les coques en plastique de nos 
appareils électroniques par des habits de tissus, plus légers, 
plus « respirants », plus facilement personnalisables, plus 
adaptés à la durée de vie tout de même limitée de l’appareil 
que nous considérons. En choisissant bien les tissus et les 
encres, il est possible d’en produire d’entièrement biodégra- 
dables, tellement peu nocifs qu’ils sont comestibles, capables 
de nourrir les sols plutôt que de polluer l’atmosphère.  
Si l’on est amené à produire des objets-interfaces prenant 
la forme de documents physiques (cartes, livres, etc.), qui 
seront utilisés de nombreuses fois mais avec des contenus 
différents,  pourquoi  ne  pas  les  imprimer  sur  d’autres 
matières, comme du plastique ou du verre, plutôt que sur du 
papier ? Contrairement au papier qui ne peut se recycler 
qu’en papier de moins bonne qualité, d’autres matériaux peu- 
vent être lavés et réimprimés, assurant de manière perpétuelle 
un excellent contraste et une excellente lisibilité, pour peu 
que l’on utilise des encres non toxiques et que l’on considère 
le cycle de ces documents dans son intégralité, depuis leur 
production jusqu’à leur réimpression.  
Penser le cycle complet de l’objet nous conduit à penser 
« hors cadre » et à inventer des solutions techniques nou- 
velles. Il nous invite aussi à reconsidérer les modèles de dis- 
tribution classique en envisageant des systèmes de prêt, de 
location, d’abonnement. Beaucoup plus optimaux, ils garan- 

LA MÉTAMORPHOSE DES OBJETS 50 

http://mdo.li/50 

009-076-Chap1-Metamorphose:Metamorphose  9/10/09  14:47  Page 50
La Métamorphose des Objets

ISBN:9782916571270
Frédéric Kaplan
2009-06-12
224 pages
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page : 45

5 commentaires sur cette page

hubert guillaud
date : 01/11/2009 à 19:22 / auteur : hubert guillaud

L'objet est-il encore important ? La distinction qu'introduit Frédéric entre objet et objet-interfaces est intéressante, mais elle montre bien aussi qu'il y a un glissement profond, tant et si bien qu'on ne sait pas vraiment si les objets-interfaces -commes nos ordinateurs ou nos téléphones mobiles) sont encore des objets. Ne sont-ils pas justement que des interfaces ? Ou est-ce la nature des objets qui est en train de beaucoup changer ? Les objets jetables, sans projection de valeur ou de sens... deviennent de plus en plus commun. Les montres de nos grands-parents étaient des bijoux, marqués de sens... On ne donne plus de sens à nos nouveaux objets, comme nos montres jetables qu'on change tous les trois ans. Gilles Lipovetsky dans son Essai sur la société d'hyperconsommation évoque bien cette transformation. Cela transforme certainement également le rapport aux données que ces produits produisent. Objets, produits... Hyperproduits... Il me semble qu'en ne donnant qu'un sens aux métamorphoses de nos objets, le livre oublie qu'ils ne cristalisent pas aussi simplement tout ce qu'ils permettent.

Frederic Kaplan
date : 02/11/2009 à 12:47 / auteur : Frederic Kaplan

C'est precisemment cette difference entre les "objets qui comptent" que je commence à évoquer en page 15 (http://mdo.li/15) et les objets électroniques qui n'arrivent pas à compter que je discute à partir de la page 24 (http://mdo.li/24). La métamorphose des objets a d'une certaine manière déjà eu lieu. Le processus que je décrit ici dans lequel l'objet-interface finit par perdre toute sa valeur historique est la continuation d'une évolution plus ancienne.

date : 04/11/2009 à 10:44 / auteur : Jean louis Frechin

la notion d'autonomie de l'objet va devenir précieuse. Ces objet-Interface qui inverse le processus de conception des objets (l'electron comme valeur, plus que l'atome) sont pour la plupart connecté et appartenant a des systèmes. Leur statuts est trouble. Usage et possession, ouverture et fermeture sont intimement métissés. Prison doré ou nouvel espace ?

Frederic Kaplan
date : 13/11/2009 à 08:12 / auteur : Frederic Kaplan

Qu entends tu par autonomie des objets ? Le fait qu ils puissent être identifies comme des unités indépendantes ?

Frederic Kaplan
date : 02/12/2009 à 00:34 / auteur : Frederic Kaplan

Suite à ton commentaire je suis en train de lire l'essai de Gilles Lipovetsky sur la société d'hyperconsommation http://www.bookstrapping.com/fr/2070379884/