La Métamorphose des Objets


notre vue, porteurs de si peu de valeur, que le mieux que l’on 
puisse faire, c’est réduire en cendres les matériaux souvent 
précieux qui les constituent. Cette triste trajectoire est en par- 
tie une conséquence du modèle industriel qui leur a donné 
naissance et surtout d’une certaine manière d’envisager le 
design des objets que ce modèle produit. Centré sur l’acte 
d’achat et par conséquent sur le désir, les objets sont produits 
sans véritablement intégrer dans leur conception leur devenir 
futur. Depuis la révolution industrielle, nous supposons que, 
d’une manière ou d’une autre, la Terre sera capable d’absor- 
ber cette production continue de déchets.  
Dans les systèmes naturels, la notion de déchet n’existe 
pas. Les restes d’un organisme servent de nourriture pour 
un autre. Rien ne se perd. Les lignées d’organismes se per- 
pétuent dans la mesure où elles sont capables de s’insérer 
dans des cycles de vie stables, enrichissant les milieux dont 
elles se nourrissent. Pourrait-on inventer des produits dont la 
conception anticiperait le devenir de l’objet après l’acte 
d’achat : son utilisation effective, bien sûr, mais aussi sa 
déconstruction ? Pourrait-on imaginer des objets dont le cycle 
de vie, à l’instar des cycles de vie biologiques, serait globa- 
lement positif ? Des objets capables de se réincarner en 
d’autres objets de même valeur, de nourrir leur environne- 
ment plutôt que de le polluer ? 
Le modèle que nous mettons en avant ici est différent de 
la plupart des gestes « écologiques » que nous pratiquons 
aujourd’hui. De gros efforts sont fournis pour progresser 
dans le recyclage des matières premières dont sont constitués 
les objets industriels. Dans ce cycle, les consommateurs sont 
mis à contribution. Mais au final, les processus de recyclage 
produisent des objets essentiellement dégradés. De plus, la 

LES MÉTAMORPHOSES DE LA VALEUR 47 

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La Métamorphose des Objets

ISBN:9782916571270
Frédéric Kaplan
2009-06-12
224 pages
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page : 42

3 commentaires sur cette page

laurent bolli
date : 05/12/2009 à 21:07 / auteur : laurent bolli

Cette histoire de transformation d'un objet qui "vaut" en objet qui "compte" me fait penser au phénomène des marques. Ne s'agit-il pas du même principe, mais systématisé: en apposant un symbole sur un objet (sac, basket, tshirt, etc.), on transforme celui-ci en objet qui "compte", dont la valeur subjective dépasse la valeur objective? La différence est que la valeur nouvellement acquise dépasse le cadre personnel. Ce n'est pas une nouvelle histoire qui commence entre l'objet et son acquéreur, mais un rattachement à une histoire dont on fait désormais partie.

Frederic Kaplan
date : 06/12/2009 à 11:56 / auteur : Frederic Kaplan

Effectivement, les marques reussissent avec plus ou moins de succes à transformer leur produits en objets qui comptent en construisant une histoire forte et riche a laquelle on peut vouloir se rattacher. Il ne s'agit pas tant de vraiment de vanter le produit mais de creer un univers narratif et symbolique que l'on peut s'approprier de manière rapide mais perenne. Sur ce sujet voir aussi Gilles Lipovetsky, l'evolution des strategies publicitaires des marques, p.196 du Bonheur paradaxoal : http://www.bookstrapping.com/fr/2070379884/196/ et aussi evidemment Naomi Klein, No Logo, sur un ton plus alarmiste : http://fr.wikipedia.org/wiki/No_Logo

cybor
date : 29/04/2010 à 00:16 / auteur : cybor

C'est l'essence même de la création artistique : l'artiste transforme des matières premières ayant ou non une valeur marchande en des objets possédant le pouvoir de transcender leur nature par ce qu'ils éveillent en nous...