La Métamorphose des Objets


sant, stocker sa musique avec une bonne qualité ne pose plus 
réellement de problème.  
Numériser ne suffit pas. Venant de supports et de sources 
variés, les données sur la musique ainsi regroupée sont sou- 
vent incomplètes. Dans certains cas, le titre du morceau peut 
même avoir disparu au cours du processus de conversion. 
En combinant plusieurs algorithmes et logiciels existants, 
j’ai mis en place pour ma propre librairie musicale une pro- 
cédure quasi automatique qui résout ce problème. Un petit 
extrait de chaque morceau est d’abord envoyé à un système 
de reconnaissance, qui le compare à une gigantesque base 
de données. Dans la plupart des cas, la signature musicale du 
morceau peut être identifiée sans ambiguïté, il est alors 
simple de récupérer sur une autre base de données les infor- 
mations qui manquent pour décrire le morceau, et en parti- 
culier d’effectuer la recherche des images des « pochettes » 
correspondant à chacun des albums de la collection musicale. 
Enfin, cette phase de complétion est aussi l’occasion de cal- 
culer certaines caractéristiques musicales du morceau et sa 
proximité avec d’autres morceaux de la base.  
Transférer pour la première fois sa base de données sur ce 
format est un processus relativement long. J’avais effectué ce 
travail moi-même, mais je sentais qu’il y avait là potentiel- 
lement un service à développer. Mais à bien y réfléchir, l’opé- 
ration quelque peu fastidieuse que j’avais effectuée était 
peut-être inutile. Les morceaux que j’avais pris tant de temps 
à numériser, à transférer, à renseigner sur l’ordinateur plané- 
taire y étaient déjà sans doute, en bonne qualité et avec toutes 
les informations que l’on pouvait rêver d’avoir. Pourquoi 
refaire ce travail une nouvelle fois ? Au fond, ce qui comptait 
vraiment, c’était d’identifier dans l’océan des morceaux 

LES MÉTAMORPHOSES DE LA MUSIQUE 113 

http://mdo.li/113 

103-134-Chap3-Metamorphose:Metamorphose  9/10/09  14:50  Page 113
La Métamorphose des Objets

ISBN:9782916571270
Frédéric Kaplan
2009-06-12
224 pages
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page : 108

1 commentaire sur cette page

Nicolas Nova
date : 10/12/2009 à 16:19 / auteur : Nicolas Nova

Cette notion de contenus qui arrive comme l'eau et gaz à tous les étages me fait penser à Paul Valery dans son texte "La conquête de l'ubiquité" en 1928 http://classiques.uqac.ca/classiques/Valery_paul/conquete_ubiguite/conquete_ubiquite.html Ce qu'il appelle "la distribution de Réalité Sensible à domicile": "Sans doute ce ne seront d’abord que la reproduction et la transmission des œuvres qui se verront affectées. On saura transporter ou reconstituer en tout lieu le système de sensations, ou plus exactement, le système d’excitations, que dispense en un lieu quelconque un objet ou un événement quelconque. Les œuvres acquerront une sorte d’ubiquité. Leur présence immédiate ou leur restitution à toute époque obéiront à notre appel. Elles ne seront plus seulement dans elles-mêmes, mais toutes où quelqu’un sera, et quelque appareil. Elles ne seront plus que des sortes de sources ou des origines, et leurs bienfaits se trouveront ou se retrouveront entiers où l’on voudra. Comme l’eau, comme le gaz, comme le courant électrique viennent de loin dans nos demeures répondre à nos besoins moyennant un effort quasi nul, ainsi serons-nous alimentés d’images visuelles ou auditives, naissant et s’évanouissant au moindre geste, presque à un signe. Comme nous sommes accoutumés, si ce n’est asservis, à recevoir chez nous l’énergie sous diverses espèces, ainsi trouverons-nous fort simple d’y obtenir ou d’y recevoir ces variations ou oscillations très rapides dont les organes de nos sens qui les cueillent et qui les intègrent font tout ce que nous savons. "