Les dilemmes de l'économie numérique


L’innovation est censée contribuer à la croissance, à la performance et à la
compétitivité de l’économie et des agents qui la composent. L’innovation portée par
les technologies d’information et de communication (TIC) le fait indéniablement,
mais avec une certaine dissipation, propre à tout système physique ou vivant (1).
Que ce soit au niveau de l’économie tout entière ou de l’entreprise, l’adoption
et l’utilisation des technologies d’information et de communication apparaît désor-
mais étroitement corrélée avec la croissance et la performance, alors que cette
contribution était questionnée à la fin des années 80 dans ce que Robert Solow,
prix Nobel d’économie, avait nommé le paradoxe de la productivité. Mais corréla-
tion ne signifie pas causalité : est-ce effectivement l’innovation qui induit de la per-
formance ou est-ce la performance qui induit une mobilisation plus importante
des technologies d’information et de communication ? Cette interrogation reste
largement sans réponse et n’est dès lors peut-être pas la meilleure façon d’abor-
der la relation des TIC à la performance. Si corrélation il y a, la question n’est-elle
pas alors de savoir comment renforcer cette corrélation, mieux connaître les che-
mins qui y mènent, et savoir accompagner un cercle vertueux d’adoption, c’est-
à-dire de déterminer, à un niveau global, les politiques publiques à soutenir et, à
un niveau plus micro, le bon mode d’appropriation des technologies. 
Les appareils d’observation, les nomenclatures, les instruments de mesure
ne sont pas encore à même de livrer les informations nécessaires à une instruc-
tion fine de ces questions. L’innovation numérique participe à la croissance sous
certaines conditions, compte tenu des caractéristiques particulières de ses biens
ou de ses processus de production. L’innovation numérique participe à la perfor-
mance de la firme là encore sous certaines conditions, notamment en fonction
des modèles et pratiques managériales présents dans la firme. Les bienfaits de
l’innovation numérique ne sont pas automatiques. Les contributions peuvent
être faibles ou fortes, parfois même peut-être négatives. Ce qui n’exclut pas qu’il
soit devenu aujourd’hui impossible de s’en passer. 
On peut également s’interroger sur la qualité de la croissance ou de la perfor-
mance ainsi obtenues : celles-ci sont-elles durables, sont-elles équitables, sont-
elles stables ? Force est de reconnaître que, contrairement à un a priori assez
généralisé, l’innovation numérique consomme de l’énergie et génère des 

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(1) L’idée de la dissipation est que tout gain s’accompagne d’une contrepartie négative, comme dans une machine
thermique. Il suffit par exemple de se rappeler les investissements qui ont été nécessaires pour échapper au bug de
l’an 2000 pour apprécier le caractère parfois dissipatif des systèmes d’information.  

015-072-Chap01-Eco:Inno-Bau  17/03/09  9:52  Page 16
Les dilemmes de l'économie numérique

ISBN:9782916571126
Laurent Gille
2009
256 pages
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tags : Relation entre TIC et croissance